À propos de l’origine du gumboot…

Le gumboot est une danse percussive développée par les mineurs noirs d’Afrique du Sud. Chaussés de leurs bottes de travail, des bottes de caoutchouc (« bottes de pluie »), les danseurs produisent des rythmes en tapant sur leurs bottes, dans leurs mains ou au sol.
La première prestation connue de gumboot a eu lieu en 1896. Les danseurs étaient des mineurs, vraisemblablement d’origine swazi et zulu. La prestation aurait eu lieu dans l’enceinte d’une mine. Celle pour laquelle ils travaillaient ?

Il existe plusieurs hypothèses concernant la genèse de cette danse. L’une d’elles veut que le gumboot ait été inventé par les débardeurs de la ville portuaire de Durban, qui travaillaient aussi avec des bottes de caoutchouc. C’est que le gumboot ressemble beaucoup à certaines danses européennes ou russes où l’on retrouve entre autres des percussions sur des bottes de cuir. Or, beaucoup de marins d’origine européenne fréquentaient le port de Durban. Au cours de soirées festives, ils ont peut-être inspiré les débardeurs sud-africains, aussi amateurs de danse. Le gumboot se serait ensuite transporté dans les mines par le biais des Zoulous qui allaient y trouver du travail.

D’autres affirment que le gumboot proviendrait d’une danse appelée « isicathulo », un mot zoulou qui désigne les souliers occidentaux. L’isicathulo ressemblait à de la claquette. Elle se serait développée dans les écoles missionnaires, où les danses traditionnelles africaines étaient interdites. Les missionnaires ont introduit les souliers à l’européenne auprès de leurs élèves. Ainsi, cette danse se dansait avec ces souliers, ce qui produisait un son différent des danses africaines qui se pratiquaient pieds nus. Les débardeurs de Durban qui auraient appris l’isicathulo l’auraient transformée en gumboot, une fois leurs bottes de travail au pied. Par la suite, les travailleurs partis chercher du travail dans les mines y auraient transporté le gumboot.

La dernière hypothèse, qui est également la plus répandue chez les danseurs et les chercheurs, est celle selon laquelle le gumboot est né dans les mines, quand les ouvriers noirs ont transposé sur leurs bottes des mouvements d’une danse traditionnelle sud-africaine, encore pratiquée, souvent désignée comme la danse des Bushmen. Les danseurs font des rythmes en tapant sur des peaux animales attachées sur les mollets, côté cuir vers l’extérieur. Plusieurs mouvements des deux danses sont identiques. De plus, dans plusieurs des danses traditionnelles sud-africaines, un leader dirige les autres danseurs en dictant les moments de solo ou en signalant aux danseurs par un cri, la chorégraphie à effectuer.

Le gumboot chez les mineurs

Que le gumboot soit d’abord apparu à l’extérieur ou à l’intérieur des mines, c’est là qu’il s’est développé, au point où cette danse est devenue celle des mineurs noirs sud-africains. Celle d’ouvriers obligés de travailler dans des conditions dangereuses et de vivre dans une pauvreté extrême.

Ce fut d’abord une danse pratiquée pour occuper les temps libres. De fil en aiguille, des concours ont été organisés par les compagnies minières qui souhaitaient soutenir le moral des ouvriers et garder une force de travail stable. Les danseurs portaient des bottes qu’ils rembourraient pour produire un meilleur son et éviter de se faire mal en tapant sur les bottes. Ils portaient aux chevilles des bouchons de bière brûlés, ou des petites boîtes de cire à souliers remplies de petites pièces de métal, pour faire une sonnaille. Les noms des séquences de pas étaient associés à la vie quotidienne des mineurs. Dans les années 1920, via le nom des séquences et de ce qu’elles représentaient plus ou moins explicitement, les mineurs commentaient leur situation sans que les employeurs ne s’en aperçoivent.

Les compétitions de gumboot se sont poursuivies jusqu’en 1985. Elles se seraient arrêtées dans les années qui ont suivi.

Le gumboot hors des mines

Au cours du XXième siècle, période au cours de laquelle la ségrégation raciale s’est intensifiée en Afrique du Sud, le gumboot s’insère dans un nouvel espace et devient un symbole de la classe ouvrière. En effet, depuis au moins 1919, le gumboot est enseigné aux élèves des écoles missionnaires. Il s’inscrit progressivement en standard des spectacles de variété sud-africains. Des prestations ont lieu dans les concerts scolaires, les foires et les fêtes publiques, les rassemblements politiques africains, et différents rassemblements culturels, dans la rue et même dans les centres commerciaux. À cette époque, l’éducation fournie aux jeunes Noirs laissait beaucoup à désirer, tant au niveau du cursus scolaire imposé aux professeurs qu’au point de vue des ressources disponibles. De plus, étant donné la pauvreté et le contexte de répression politique, de nombreux jeunes se tournaient vers la criminalité. Parmi les multiples groupes qui ont lutté contre l’Apartheid, nombreux sont ceux qui ont utilisé les arts, dont le gumboot, pour faire de l’éducation populaire et mobiliser les jeunes.

Depuis 1994

Avant 1994, le gumboot n’était pas inconnu de la communauté internationale s’intéressant aux arts sud-africains. Mais depuis 1994, le gumboot a connu un nouvel essor. Le pays étant désormais libéré du joug de l’Apartheid, différentes productions culturelles sud-africaines commencent à faire leur marque. GUMBOOTS, AFRICAN FOOTPRINT, et BLACK UMFOLOZI présentent tous au moins un numéro de gumboot dans lequel les danseurs sont habillés en mineurs.

Le succès remporté par les danseurs de la compagnie GUMBOOTS a beaucoup revalorisé le gumboot en Afrique du Sud, qui était plutôt considéré comme un art réservé aux jeunes (moins de 20 ans).

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